Montaigu

Montaigu : « C’est la ville carrefour du Nord, constamment frontière entre des races, puis des religions, puis des convictions différentes »

Georges Laronze (1882-1964)

Les premières traces de vie ainsi que son nom nous ramènent à sa fondation, vraisemblablement à la fin de la période gallo-romaine. Une occupation de cet escarpement de rochers par une tribu gauloise ne fait aucun doute, mais leur séjour ne décida pas les populations voisines à se déplacer pour y construire leurs demeures. C’est au IXe siècle, entre 843 et 853, que son histoire vit un tournant lors des invasions normandes. Les vikings remontent la Loire et ses affluents. Ils incendient les maisons de Durinum (St Georges). Les habitants, chassés de leurs foyers, prennent la fuite et se réfugient quelques kilomètres plus loin autour des modestes habitations d’une hauteur voisine (le quartier Saint-Jacques). Le refuge est bien choisi, un promontoire rocheux : le mons acutus (montis acuti) => Mont aigu qui donnera son nom à la ville. La défense en sera facile. Les cours d’eau offrent une défense naturelle au site.

Le premier fortin était sûrement une tour mottée et c’est avec la naissance des techniques de bâti renforcé que se construira le premier château-fort en pierre. Les restes de fortifications en pierre les plus anciens de la ville permettent de dater ces constructions entre 1100 et 1200. La vie s’organise. Un centre-bourg commence à se former autour de la zone du château au Nord puis à l’Est en cercles concentriques s’appuyant sur la Maine pour ensuite suivre l’Asson.

En parallèle des édifications des bâtiments, se constitueront les dynasties des seigneurs de Montaigu. Ils appartiennent à des familles illustres : les Belleville, les Châteaubriant, les Laval, les Clisson, les Belleville-Harpedane, les La Trémoille, les Machecoul, les Juigné, auxquelles il faudrait ajouter la maison de France représentée par les rois Louis XI et Charles VIII.

Notre patrimoine, né de cette histoire, nous témoigne de la vie qui a habité nos murs.

Le portail St Léonard, patron des captifs et des malades, provient d’une chapelle construite dans l’enclos de l’Aumônerie de St Jacques pour commémorer au XIIIe siècle la délivrance d’Hugues de Thouars, fait prisonnier au cours d’une chevauchée sur les terres du roi Philippe-Auguste. Lors de la destruction de la chapelle, le portail sera démonté puis inséré dans un des murs de l’ancien hospice de Montaigu avant d’être démonté à nouveau puis installé à droite de l’hôtel de ville.

Entre le XIe et le XIVe siècles, plusieurs seigneurs de Montaigu portèrent le prénom de Maurice. Un de leurs successeurs fonda une collégiale de ce nom dans l’enceinte du château. Lors des guerres de religion, Montaigu, devenue protestante, la chapelle fut détruite. Les chanoines de la collégiale firent édifier le bâtiment actuel à l’extérieur du château. On peut lire la date de 1613 gravée sur une des poutres de sa charpente. Les derniers chanoines ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, furent massacrés par Kléber en 1793 et leurs corps jetés dans un des puits du couvent des Fontevristes (propriété du Rocher). Le bien fut vendu comme bien national, dépouillé de sa voûte lambrissée de bleu.

La Digue, dont le caractère exceptionnel est effacé par le « piquant » d’une chanson fut édifiée entre 1476 et 1480. Elle mesurait 65m de long et 11m de large. Au bout de celle-ci devait se trouver un déversoir qui permettait à l’Asson de rejoindre la Maine. Son caractère exceptionnel se trouve particulièrement dans ses deux niveaux de tirs : canonnières et tirs debout au niveau de l’actuelle pelouse sur la Digue. Côté étang, la maçonnerie est composée de pierres en granit taillées et régulières pour éviter les infiltrations. Côté Maine, la Digue était ouverte de canonnières accessibles par une galerie interne descendant au château. Le soin apporté à son architecture dans le choix des matériaux et de sa construction témoigne de l’intérêt de ce dispositif pour la défense du site. A cette époque, la Bretagne est encore indépendante et Montaigu se trouve en territoire limitrophe dans le Poitou, faisant partie du Royaume de France. De plus, l’Aquitaine (par Aliénor d’Aquitaine) au sud est anglaise. Louis XI acquière la ville en 1473 en l’échangeant contre Dreux et d’autres places avec Louis de Belleville, actuel seigneur de Montaigu, afin de l’ériger en bastion face à la Bretagne et face à Clisson (le pendant breton de Montaigu, français). Il fait relever les remparts, fortifier le château, et construire une double enceinte autour de la ville pour en faire une place forte (=> place du Champ de Foire). Il réaménage également les défenses au niveau des murailles pour les adapter aux progrès militaires avec les nouvelles armes à feu et donc l’artillerie. Il fait construire la Digue qui barre l’Asson et ainsi noie toute l’étendue des douves de ce côté-ci et forme l’étang Saint-Michel.

Afin d'en savoir plus sur la Digue de Montaigu, regardez le reportage de TV Vendée

 

Les Échevins de Nantes demandèrent et exigèrent du roi de Navarre, lors du traité du Fleix (26 novembre 1580), le démantèlement de Montaigu. Malgré les remontrances de la duchesse de la Trémoille, dame douairière de Montaigu, et les lenteurs apportées par le roi de Navarre à l’exécution du traité du Fleix, Montaigu fut entièrement démantelé et complètement rasé du 10 décembre 1588 à mars 1589. La digue fut percée à cette époque-là, ce qui nous permet aujourd’hui d’avoir une visibilité sur son architecture intérieure.

En 1702, Gabriel-Antoine de Crux, seigneur de Montaigu, fonde l’école de la Propagation pour enseigner aux petites filles pauvres et indigentes. Celle-ci était située entre la rue Traversière et la rue du Vieux Couvent. En 1793, elle fut incendiée par Kléber et les trois enseignantes emprisonnées dans les prisons nantaises. En face, se tenait la Congrégation des Fontevristes de Notre Dame de St Sauveur, dont le prieuré fut fondé en 1626 par deux sœurs (de Fiesque), religieuses bénédictines. Fontevrault reprendra le prieuré en 1669 pour donner des cours aux filles nobles et de bonnes familles jusqu’en 1792 où le couvent fut supprimé et les religieuses mises à la rue.

Si l’on s’en réfère au cadastre napoléonien de 1814, après les guerres de Religions et la Révolution française, entre 50% et 80% du centre-ville (le cœur de Montaigu au sein des remparts) aurait été détruits ou bien en ruine. Malgré tout, la ville s’est reconstruite et, au fur et à mesure, l’ancien s’est retrouvé intégré au nouveau. C’est ainsi qu’il est possible d’apercevoir, au détour d’une promenade, la signature typique d’un escalier en colimaçon (fenêtre et pierres) ainsi que l’encadrement des fenêtres et d’une porte dans le style italianisant des XV et XVIe siècles ou une maison échoppe typique de l’époque médiévale (vitrine plein cintre et habitat à l’étage).

Le nom des rues n’est pas le fruit du hasard : la rue de la Boucherie pour sa corporation qui s’installa dans une rue en pente pour l’écoulement du sang, la rue des Abreuvoirs qui longe la Maine (restaurant de la Digue) où se trouvait un abreuvoir et un lavoir, la rue de la Juiverie (commune à beaucoup de villes médiévales) fait allusion à une ancienne activité financière…

Les paroisses : une charte de 1182 faisait état de quatre paroisses : Saint-Jacques, la plus ancienne, Saint-Jean-Baptiste, Notre-Dame et Saint-Nicolas.

La paroisse de Saint-Jean-Baptiste était la plus considérable par son étendue territoriale et par le nombre de ses habitants. Centre le plus important de la région et le plus proche de Nantes, Montaigu attirait les seigneurs. La chapellenie de Saint-Jean-Baptiste était déjà dénommée église en 1241. Sa situation voisine du château autour duquel se groupait la population pour sa sécurité lui conféra une prépondérance constante sur les autres chapellenies, même quand elles devinrent à leur tour églises. La paroisse Notre-Dame qui s’étendait sur toute la partie orientale de la ville cessa d’exister quelques années après la destruction de son église et de son quartier, lors du siège soutenu contre les catholiques par Montaigu, tombé au pouvoir des réformés. Les ressources manquant pour financer les réparations, les paroissiens demandèrent leur union à la paroisse Saint-Jean-Baptiste. La paroisse de Saint-Jacques ne comprenait que quelques maisons groupées autour de l’aumônerie. La construction de la « nouvelle église Saint-Jean-Baptiste » date de 1864. Elle se fit sur l’emplacement de l’ancienne église de la paroisse du château. Elle a été construite dans le style néo-gothique du XIXe s. Ayant manqué de moyens, on remarquera la faiblesse des ornements extérieurs ainsi que l’absence de flèche au sommet du clocher. Une des tourelles a été démolie en 1920, menaçant de s’effondrer.

Les boulevards qui ceinturent le centre-ville ont été tracés au XIXe siècle par Armand Trastour (maire de 1836 à 1844 et 1847 à 1870) qui lança une politique de modernisation de la ville : construction de nouvelles halles (salle des fêtes), hôtel de ville, église, école des filles, gare…

Quelques hommes ont plus particulièrement contribué à nous transmettre l’histoire de Montaigu. Citons Dugast-Matifeux, Georges Laronze, le Docteur Gustave Mignen. Ce dernier y a contribué par ses travaux et ses recherches archéologiques. Ses écrits montrent un changement dans le domaine de la recherche historique, qui se traduisit par l’adoption de démarches intellectuelles plus rigoureuses.

En mai 2003, une exposition fut réalisée à Montaigu pour lui rendre hommage Elle fut l’occasion de découvrir les collections archéologiques qu’il a léguées au musée de la ville.

 

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